S'acquitter de son devoir rend heureux
Nos passions, même les plus nobles, ne savent nous rendre plus heureux que la droiture du devoir.
Il me semble que la différence qui est entre les plus grandes âmes et celles qui sont basses et vulgaires, consiste, principalement, en ce que les âmes vulgaires se laissent aller à leurs passions, et ne sont heureuses ou malheureuses, que selon que les choses qui leur surviennent sont agréables ou déplaisantes ; au lieu que les autres ont des raisonnements si forts et si puissants que, bien qu’elles aient aussi des passions, et même souvent de plus violentes que celles du commun, leur raison demeure néanmoins toujours la maîtresse, et fait que les afflictions même leur servent, et contribuent à la parfaite félicité dont elles jouissent dès cette vie.
Car, d’une part, se considérant comme immortelles et capables de recevoir de très grands contentements, puis, d’autre part, considérant qu’elles sont jointes à des corps mortels et fragiles, qui sont sujets à beaucoup d’infirmités, et qui ne peuvent manquer de périr dans peu d’années, elles font bien tout ce qui est en leur pouvoir pour se rendre la fortune favorable en cette vie, mais néanmoins elles l’estiment si peu, au regard de l’éternité, qu’elles n’en considèrent quasi les événements que comme nous faisons ceux des comédies. Et comme les histoires tristes et lamentables, que nous voyons représenter sur un théâtre, nous donnent souvent autant de récréation que les gaies, bien qu’elles tirent des larmes de nos yeux ; ainsi ces plus grandes âmes, dont je parle, ont de la satisfaction, en elles-mêmes, de toutes les choses qui leur arrivent, même des plus fâcheuses et insupportables.
L'essentiel
Le mot « passion » a pour Descartes un sens différent de celui qu’il a pour nous aujourd’hui.
En effet, à l’époque, on parlait de passions pour désigner les sentiments ou les émotions. Et l’on distinguait par exemples les passions agréables (comme la joie) des passions désagréables (comme la tristesse).
Dans ce contexte, Descartes définit le devoir comme le fait de ne pas céder à ses passions.
En effet, nos passions nous font vivre dans un état de changement émotionnel permanent, qui nous éloigne du bonheur.
Tandis que le devoir, cap moral imposé par notre faculté de raisonner, reste invariable, et nous satisfait toujours quand on l’accomplit.
Des ressources pour aller plus loin
Morale et raison
« Tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs plutôt que l’ordre du monde. »





