Un empire dans un empire

L’homme n’est pas une exception dans la nature

Pour la plupart, ceux qui ont écrit des Affects et de la façon de vivre des hommes semblent traiter, non de choses naturelles qui suivent les lois communes de la nature, mais de choses qui sont hors de la nature. On dirait même qu’ils conçoivent l’homme dans la nature comme un empire dans un empire. Car ils croient que l’homme perturbe l’ordre de la nature plutôt qu’il ne le suit, qu’il a sur ses actions une absolue puissance et n’est déterminé par ailleurs que par lui-même. Ensuite, ils attribuent l’impuissance et l’inconstance de l’homme non à la puissance commune de la nature, mais à je ne sais quel vice de la nature humaine ; si bien qu’ils en pleurent, en rient, la mésestiment ou la maudissent (ce qui est le plus courant) ; et quiconque excelle à dire du mal de l’Esprit humain avec plus d’éloquence ou d’ingéniosité passe pour un homme divin. Il n’a cependant pas manqué d’hommes très éminents (et nous avouons devoir beaucoup à leur travail et leur activité) pour écrire maintes choses remarquables sur la droite façon de vivre, et donner aux mortels des conseils pleins de prudence ; mais quant à la nature des Affects et à leurs forces, et ce que peut l’Esprit, en revanche, pour les maitriser, nul, que je sache, ne l’a déterminé.

Spinoza, Éthique, III, Préface

L'essentiel

Avant Spinoza, presque tous ceux qui ont écrit sur les passions ont traité l’homme comme une exception : un être à part, qui perturberait l’ordre de la nature par sa liberté et sa volonté.

Comme si l’être humain était un petit royaume souverain, posé au milieu du monde mais gouverné par ses propres lois, doté d’un pouvoir absolu sur ses actes.

Pourtant, si l’on observe de près le comportement humain, il semble que la haine, la colère, l’envie obéissent bien aux lois communes de la nature, exactement comme la pluie ou les astres. Quand nos prédécesseurs jugeaient ces passions, les raillaient ou les maudissaient, ils décrivaient un défaut imaginaire au lieu de chercher leur cause réelle.

Spinoza, avec son audace tranquille, nous fait alors une proposition : étudier les Affects non plus pour les juger, mais pour les comprendre (comme s’il s’agissait de lignes, de plans et de corps). Les traiter en géomètre, pas en moraliste.

Des ressources pour aller plus loin

Une seule nature

« Il est impossible que l’homme ne soit pas une partie de la nature, et qu’il ne puisse souffrir d’autres changements que ceux qui se peuvent concevoir par sa seule nature et dont il est la cause adéquate. »

– Spinoza, Éthique, IV, proposition 4

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L’Éthique de Spinoza (3/4) : Affects et servitude

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Brèves remarques sur le « naturalisme » de Spinoza

Spinoza – Nature, Naturalisme, Naturation

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