Les trois genres de connaissance

De l’opinion confuse à la science intuitive, l’esprit gravit les degrés de savoir.

Il résulte clairement de tout ce qui précède que nous percevons nombre de choses, et que nous formons des notions universelles :

I° À partir des choses singulières que les sens représentent à l’intelligence d’une manière confuse, tronquée et sans aucun ordre (voir le corollaire de la proposition 29, partie 2) ; et c’est pourquoi je nomme d’ordinaire les perceptions de cette espèce, connaissance fournie par l’expérience vague ;

II° À partir des signes, comme par exemple, des mots que nous aimons à entendre ou à lire, et qui nous rappellent certaines choses, dont nous formons alors des idées semblables à celles qui ont d’abord représenté ces choses à notre imagination (voir le scolie de la proposition 18, partie 2) ; j’appellerai dorénavant ces deux manières d’apercevoir les choses, connaissance du premier genre, opinion ou imagination ;

III° Enfin, à partir des notions communes et des idées adéquates que nous avons sur les propriétés des choses (voir le corollaire de la proposition 38, la proposition 39 et son corollaire, et la proposition 40, part. 2). Cette manière-ci, je l’appellerai raison et connaissance du deuxième genre.

Outre ces deux genres de connaissance, il y en a, comme je le montrerai dans la suite, encore un troisième, que nous appellerons science intuitive. Et ce genre de connaître procède de l’idée adéquate de l’essence formelle de certains attributs de Dieu vers la connaissance adéquate de l’essence des choses.

Spinoza, Éthique, II, scolie 2 de la proposition 40

L'essentiel

Toutes nos idées se valent-elles ? Spinoza nous répond que non. Et il classe nos façons de connaître en trois genres, du plus trouble au plus lumineux. Pour lui, connaître n’est pas un geste immédiat : c’est une montée, degré par degré.

1. Le premier genre, c’est l’imagination, ou opinion.

2. Le deuxième genre, c’est la raison.

3. Le troisième genre, c’est la science de Dieu.

En d’autres termes : on commence par croire, on apprend à raisonner, et l’on finit, parfois, par comprendre. Trois genres, une seule direction. De l’ombre vers la lumière.

Des ressources pour aller plus loin

De l’opinion à l’intuition

« L’effort suprême de l’âme et la suprême vertu, c’est de connaître les choses d’une connaissance du troisième genre. »

– Spinoza, Éthique, V, proposition 25

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