Le conatus

Toute chose s’efforce de persévérer dans son être

Proposition VI : Chaque chose, autant qu’il est en elle, s’efforce de persévérer dans son être.

Proposition VII : L’effort [conatus] par lequel chaque chose s’efforce de persévérer dans son être n’est rien à part l’essence actuelle de cette chose.

Scolie de la proposition IX :

Cet effort [conatus], quand on le rapporte à l’Esprit seul, s’appelle Volonté ; mais quand on le rapporte à la fois à l’Esprit et au Corps, on le nomme Appétit, lequel n’est, partant, rien d’autre que l’essence même de l’homme, de la nature de qui suivent nécessairement les actes qui servent à sa conservation ; et par suite l’homme est déterminé à les faire. Ensuite, entre l’appétit et le désir il n’y a aucune différence sinon que le désir se rapporte généralement aux hommes en tant qu’ils sont conscients de leur appétit, et c’est pourquoi on peut le définir ainsi : le Désir est l’appétit avec la conscience de l’appétit. Il ressort donc avec évidence de tout cela que, quand nous nous efforçons à une chose, quand nous la voulons, ou aspirons à elle, ou la désirons, ce n’est jamais parce que nous jugeons qu’elle est bonne ; mais au contraire, si nous jugeons qu’une chose est bonne, c’est parce que nous nous y efforçons, la voulons, aspirons à elle et la désirons.

Spinoza, Éthique, III, propositions VI-VII et scolie de la proposition IX

L'essentiel

Pourquoi voulons-nous ce que nous voulons ? Spinoza répond par une idée simple et radicale : toute chose s’efforce de persévérer dans son être. Une pierre, une plante, un homme… chacun, à sa manière, lutte pour continuer d’exister. Cet effort, il l’appelle le conatus.

On a pu parfois l’appeler d’un autre nom : Volonté ; Appétit ; Désir. Mais cet effort est en réalité notre essence même, la poussée qui nous tient en vie, ce qu’il y a de plus profond en nous.

De là vient le renversement le plus célèbre de Spinoza. Nous croyons vouloir une chose parce qu’elle est bonne ; mais c’est plutôt l’inverse : nous ne la jugeons bonne que parce que nous la désirons déjà. Ce n’est pas le bien qui fait naître le désir, c’est le désir qui définit le bien.

Des ressources pour aller plus loin

La puissance d’exister

« L’effort d’un être pour se conserver est le premier et unique fondement de la vertu. »

– Spinoza, Éthique, IV, proposition 22, corollaire

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