Justice et prise de perspective

Le juste nous apparaît quand nous quittons notre subjectivité.

Mettez-vous à la place d’autrui, et vous serez dans le vrai point de vue pour juger ce qui est juste ou non. On a fait quelques objections contre cette grande règle, mais elles viennent de ce qu’on ne l’applique point partout. On objecte par exemple qu’un criminel peut prétendre, en vertu de cette maxime, d’être pardonné par le juge souverain, parce que le juge souhaiterait la même chose, s’il était en pareille posture. La réponse est aisée. Il faut que le juge ne se mette pas seulement dans la place du criminel, mais encore dans celle des autres qui sont intéressés que le crime soit puni. […]

Il en est de même de cette objection que la justice distributive demande une inégalité entre les hommes, que dans une société on doit partager le gain à proportion de ce que chacun a conféré et qu’on doit avoir égard au mérite et au démérite. La réponse est encore aisée. Mettez-vous à la place de tous et supposez qu’ils soient bien informés et bien éclairés. Vous recueillerez de leurs suffrages cette conclusion qu’ils jugent convenable à leur intérêt qu’on distingue les uns des autres. Par exemple, si dans une société de commerce le gain n’était point partagé à proportion, l’on y entrerait point ou l’on en sortirait bientôt, ce qui est contre l’intérêt de toute la société.

Leibniz, Le droit de la raison

L'essentiel

Leibniz s’oppose ici à l’idée de « l’intime conviction du juge », d’après laquelle une subjectivité éclairée pourrait être juste.

La règle qu’il propose ici (« mettez-vous à la place d’autrui ») est au contraire objective, rationnelle et universelle. Et elle peut donc assurer une forme justice qui saurait s’extraire des circonstances du jugement.

Certes, des objections sont possibles pour critiquer cette règle ! Mais Leibniz la défend en expliquant que l’impartialité par la prise de perspective n’a de valeur que si elle est appliquée absolument et sans cas particuliers.

Des ressources pour aller plus loin

Défense des idées innées

« Il n’appartient qu’à la suprême raison, à qui rien n’échappe, de comprendre distinctement tout l’infini. »

– Leibniz, Nouveaux essais sur l’entendement humain

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Nouveaux essais sur l’entendement humain

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