La destination de l'homme

Notre quête d’harmonie intérieure est sans fin.

De ce que nous avons dit, il suit, en dernier résultat, que la parfaite harmonie de l’homme avec lui-même, et (pour qu’il puisse être d’accord avec lui-même) l’harmonie des choses extérieures avec les idées nécessaires et pratiques qu’il s’en fait, idées qui déterminent comment ces choses doivent être, sont sa plus haute et sa dernière fin. […]

C’est le parfait accord d’un être raisonnable avec lui-même. Par rapport à un être raisonnable qui dépend des choses extérieures, ce souverain bien doit se considérer sous deux faces, comme accord de la volonté avec l’idée d’une volonté éternellement agissante, ou comme bien moral, et comme accord des choses extérieures avec notre volonté (il s’agit de notre volonté raisonnable), ou comme bonheur. […]

Se soumettre tout ce qui n’est pas raisonnable, le dominer librement et d’après ses propres lois, c’est la dernière fin de l’homme ; fin qui ne peut et ne doit pas pouvoir s’atteindre, si l’homme ne doit pas cesser d’être homme, et s’il ne doit pas devenir Dieu. Suivant l’idée qu’on se fait de l’homme, il ne peut pas atteindre sa dernière fin, et le chemin qui y mène doit être infini. Par conséquent, la destination de l’homme n’est pas d’atteindre le but ; mais il peut et il doit s’en approcher toujours de plus en plus ; la véritable destination de l’homme considéré comme être raisonnable mais fini, sensible mais libre, consiste donc à s’en approcher à l’infini. Si l’on appelle cette entière harmonie avec soi-même perfection, dans la plus haute signification du mot, comme on peut certainement le faire, alors la perfection est le but suprême de l’homme, mais ce but est impossible à atteindre, et le perfectionnement infini est sa destination. Il existe pour se rendre toujours moralement meilleur, et pour rendre tout ce qui l’entoure meilleur sensiblement ; et, s’il est considéré en société, pour la rendre meilleure moralement, et par là devenir plus heureux.

Fichte, De la destination du savant et de l'homme de lettres, Première leçon

L'essentiel

La destination de l’homme n’est pas un état à conquérir mais un horizon à poursuivre. Car la parfaite harmonie de soi avec soi ne peut, par nature, être atteinte : y parvenir reviendrait à cesser d’être homme pour devenir Dieu.

Ce qui définit l’homme, dès lors, c’est un mouvement de perfectionnement infini. Non la possession de la perfection, mais la quête qui y mène.

Cette tâche, dans cette leçon, Fichte la confie à ses étudiants : par eux se forme, déjà, l’humanité à venir.

Des ressources pour aller plus loin

Tendre vers l’infini

C’est le privilège de l’homme de résister par son activité.

– Fichte, De la liberté de penser

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De la destination du savant et de l’homme de lettres

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