Religion et contrôle
La peur est le meilleur surveillant.
Pour combattre toutes les espèces de délits dont la nature humaine est capable, l’État n’a que deux grands moyens, les Peines et les Récompenses ; les peines pour être appliquées à tous et dans les occasions ordinaires ; les récompenses pour être réservées à un petit nombre et dans des occasions extraordinaires. Mais cette administration des Peines et des Récompenses est souvent contrariée ou égarée, ou rendue impuissante, parce qu’elle n’a pas des yeux pour tout voir et des mains pour tout atteindre.
Pour suppléer à cette insuffisance du pouvoir humain, on a cru nécessaire ou du moins utile d’inculquer dans les esprits la croyance en un pouvoir qui s’applique au même but, et qui n’a pas les mêmes imperfections : le pouvoir d’un Être suprême invisible auquel on attribue la disposition de maintenir les lois de la Société, de punir et de récompenser de manière infaillible les actions que les hommes n’ont pu ni récompenser ni punir.
Tout ce qui sert à conserver et fortifier parmi les hommes cette crainte du juge suprême est compris sous le nom général de Religion, et pour la clarté du discours, on parle souvent de la religion comme on parlerait d’un être distinct, d’un personnage allégorique, auquel on attribue telle ou telle fonction. Ainsi, diminuer ou pervertir l’influence de la religion, c’est diminuer ou pervertir dans la même proportion les services que l’État en retire pour réprimer le crime ou encourager la vertu.
L'essentiel
Bentham fait ici, comme dans bon nombre de ses écrits politiques, un commentaire glaçant et pragmatique sur le contrôle des populations.
L’Etat n’est pas infaillible. Ses moyens sont limités et il ne peut empêcher certains crimes d’êtres commis et parfois même d’être punis.
La solution ? Trouver un surveillant qui travaille sans relâche, nuit et jour, partout et tout le temps, dans le coeur de chaque homme. Appelons-le Dieu.
Tant que les hommes autont peur d’un Être suprême omnsicient et tout puissant, ils seront beaucoup moins promts à commettre des crimes (de peur de subir une punition divine), ce qui facilitera grandement le travail de l’Etat.
Des ressources pour aller plus loin
Le bonheur sous contrôle
L’homme est ainsi fait que, en théorie comme en pratique, qu’il soit engagé dans une bonne voie ou dans une mauvaise, sa qualité la plus rare, c’est d’être conséquent.





