Il est une conception de la vie pour laquelle là où est la foule, là aussi est la vérité ; la vérité est dans la nécessité d’avoir pour elle la foule. Mais il en est une autre ; pour elle, partout où est la foule, là aussi est le mensonge, si bien que — pour porter un instant la question à l’extrême si tous les Individus détenaient chacun séparément et en silence la vérité, néanmoins, s’ils se réunissaient en foule (qui prendrait alors une signification décisive quelconque, par le vote, par le tapage, par la parole), l’on aurait aussitôt le mensonge.
Car « la foule » est le mensonge. La parole de l’apôtre Paul a une valeur éternelle, divine, chrétienne : « Un seul atteint le but » ; et elle ne tient pas sa valeur de la comparaison, où entrent aussi « les autres ». En d’autres termes, chacun peut être ce seul, et Dieu l’y aidera — mais un seul atteint le but ; et cela veut dire encore que chacun doit se mêler aux « autres » avec prudence et ne parler pour l’essentiel qu’à Dieu et qu’à soi — car un seul atteint le but ; et cela signifie de plus que l’homme est en parenté avec la divinité, ou qu’être homme, c’est être de race divine.
L'essentiel
Kierkegaard, en bon romantique, n’est pas démocrate. Moins par conviction politique que par impossibilité métaphysique.
La foule, la masse, l’agrégat d’individualités est structurellement mensonge, car le mécanisme même d’agrégation est fautif. Là où certains voudraient que, de la confrontation des opinions surgisse la vérité, comme un processus de convergence et d’élucidation, Kierkegaard y voit plutôt le mouvement inverse : le collectif fait nombre, mais ne fait pas le vrai.
La grandeur humaine, pour lui, se mesure au contraire dans l’individualité de chaque être, dont la subjectivité (là où s’éprouve le lien à Dieu) est vérité.
Des ressources pour aller plus loin
Éloge de l’Individu
Pour la réflexion subjective, la vérité est l’appropriation, l’intériorité, la subjectivité, et il s’agit de s’approfondir en existant dans la subjectivité.





