Les véritables fins du langage

Les mots ne sont pas de simples signes.

La communication des idées marquées par les mots n’est pas la seule ni la principale fin du langage, comme on le suppose  communément. Il y a d’autres fins, comme éveiller une passion, provoquer une action ou en détourner, mettre l’esprit dans une disposition particulière. La première fin est, dans de nombreux cas, purement subordonnée à celles-ci, et parfois complètement omise quand elles peuvent être atteintes sans elle, comme cela n’est pas rare, je pense, dans l’usage familier du langage.

J’invite le lecteur à réfléchir et à se consulter, pour voir s’il n’arrive pas souvent, quand il écoute ou lit un discours, que les passions de la crainte, de l’amour, de la haine, de l’admiration, du mépris, ou d’autres encore, naissent immédiatement dans son esprit à la perception de certains mots, sans que des idées s’interposent. Au début, sans doute, les mots peuvent avoir occasionné les idées propres à produire ces émotions ; mais on trouvera, si je ne me trompe, qu’une fois le langage devenu familier, l’audition des sons ou la vue des lettres sont souvent immédiatement  accompagnées des passions, qui, au début, avaient coutume d’être produites par l’intervention d’idées, maintenant complètement omises.

Berkeley, Principes de la connaissance humaine, §20

L'essentiel

Berkeley prend ici partie dans un débat sur l’usage du langage, qui oppose 2 positions :

  • Le langage est un outil neutre qui a pour seule utilité de communiquer des idées [Les morts étant des signes arbitraires] ;
  • Le langage est un outil rhétorique, qui permet d’édifier son auditoire et de faire naître des émotions [Les mots étant associés à ces émotions].

Pour lui, les mots peuvent éveiller des passions, provoquer ou détourner une action. Mais le plus surprenant est qu’il considère qu’avec le temps, cette usage du langage prend le pas sur la simple communication d’idées.

Des ressources pour aller plus loin

Le pouvoir du langage

S’il n’y avait pas eu la parole ou les signes universels, écrit-il, on n’aurait jamais pensé à l’abstraction.

– Berkeley, Principes de la connaissance humaine, Introduction, §18

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