La tempérance
Bien agir, c’est prendre l’habitude de suivre la raison.
« Tempérance » et « individu tempérant » peuvent avoir deux sens.
Premièrement, selon l’intention du Philosophe, pour désigner quelqu’un qui suit et vit selon la droite raison et qui ne possède pas de désirs déformés. Ce sens ne distingue pas la tempérance de la maîtrise de soi par nature, mais seulement quant au plus et au moins parfait, puisque la même habitude est d’abord faible puis ensuite forte — au point que ces actes déformés dans l’appétit sensible sont affaiblis ou totalement détruits, et qu’une qualité différente est produite, une qualité qui incline cet appétit sensible vers des actes conformes à la droite raison. Je dis que cette habitude est appelée « maîtrise de soi » lorsqu’elle est faible et qu’elle existe conjointement avec les désirs [déformés] dans la partie sensible, et que la même habitude est appelée « tempérance » lorsqu’elle est forte et existe sans ces désirs.
Dans un autre sens, « tempérance » est employée strictement et proprement pour une habitude qui incline la volonté à fuir non seulement les désirs déformés qui existent actuellement, mais aussi les occasions de tels désirs, selon la droite raison, qui dicte non seulement qu’il faut vouloir fuir les désirs déformés, mais aussi les occasions de ceux-ci. Par exemple, appréhender des objets plaisants (c’est-à-dire voir, toucher et entendre de telles choses) constitue des occasions d’actes de désir dans l’appétit sensible. Ainsi, la droite raison dicte non seulement que la volonté doit vouloir fuir de tels désirs, mais également toutes les occasions mentionnées de ces désirs, afin que ceux-ci ne surviennent pas.
L'essentiel
Ockham reprend à son compte l‘éthique des vertus d’Aristote (le Philosophe) pour l’explorer de façon logique dans un contexte scolastique.
La tempérance n’est plus une simple habitude que l’on doit prendre, mais une véritable ascèse, rigoureuse et contraignante, qui éloigne le pratiquant des objets de son désir.
La distinction entre l’état faible (maîtrise de soi) et l’état parfait (tempérance) participe à poser cette exigence éthique, avec une conception thérapeutique de la vertu :
la moralité n’est pas simplement un contrôle rationnel des actes, mais une transformation intérieure de la relation aux désirs.
Des ressources pour aller plus loin
La pensée et le réel
« Toutes les choses qui dans le monde créé sont distinctes, sont réellement distinctes. »





