Les trois langages
Il faut distinguer le langage écrit, parlé, et mental.
Selon Boèce dans De l’Interprétation I, une proposition possède trois modes d’être : dans l’esprit, dans la parole et dans l’écriture. C’est-à-dire qu’un type de proposition est seulement conçu et compris, un autre est prononcé, et un autre encore est écrit. […] Ainsi, de même qu’une proposition parlée est véritablement composée de mots, et qu’une proposition écrite est véritablement composée d’inscriptions, de même une proposition seulement conçue est-elle composée de choses conçues ou comprises, c’est-à-dire de concepts ou d’intelligibles de l’âme. […] Un mot qui fait partie d’une proposition parlée peut avoir plusieurs sortes de supposition — matérielle, personnelle et simple. […] Il en va de même pour la partie d’une proposition similaire dans l’esprit.
[…] Sur cette base, je réponds à l’argument : la proposition parlée « Tout homme est risible » est véritablement connue. […] De même, la proposition dans l’esprit, qui n’appartient à aucune langue, est véritablement connue. […] Tous les termes de ces propositions ne sont que des concepts et non les substances externes elles-mêmes. Toutefois, parce que les termes de certaines propositions mentales tiennent lieu (et supposent personnellement) des choses externes elles-mêmes […], on dit qu’il y a une connaissance « réelle » (scientia realis) de telles propositions.
L'essentiel
Le texte reprend une thèse classique, qui est que le langage se décline de trois façons :
– Mentale : la plus fondamentale, faite de concepts.
– Orale : l’expression vocale des concepts.
– Écrite : les mots couchés sur le papier.
Cette distinction sert à montrer que la connaissance ne dépend pas de la langue parlée : avant d’être exprimée, la proposition existe déjà dans l’esprit.
Des ressources pour aller plus loin
La pensée et le réel
« Toutes les choses qui dans le monde créé sont distinctes, sont réellement distinctes. »





