Sculpte ta propre statue

Travailler sur soi, c’est écarter le superflu au profit de la vertu.

Retourne en toi-même et vois. Et si tu ne vois pas encore ta propre beauté, fais comme le fabriquant qui doit rendre une statue belle : il enlève ceci, efface cela, polit et nettoie jusqu’à ce qu’une belle apparence se dégage de la statue ; de même pour toi, enlève le superflu, redresse ce qui est tordu et, purifiant tout ce qui est ténébreux, travaille à être resplendissant. Ne cesse de sculpter ta propre statue jusqu’à ce que brille en toi la splendeur divine de la vertu et que tu voies la tempérance qui siège sur son « auguste trône ». Si tu es devenu cela et que tu te vois dans une telle disposition, alors tu es devenu pur et il n’y a plus aucun obstacle qui s’opposerait à devenir ainsi un ; tu n’as plus dans ton rapport à toi-même un autre élément qui se mélange à toi, mais tu seras devenu alors entièrement une unique et authentique lumière ; elle n’est pas mesurée par une grandeur ou un contour qui en limiterait l’éclat en l’amoindrissant ou, au contraire, par son illimitation, en pourrait augmenter l’ampleur : elle est absolument sans mesure, comme peut l’être ce qui est plus grand que toute mesure et supérieur à toute quantité. Si tu deviens cela, tu pourras te voir. Étant devenu une vision, aie confiance en toi, car, même ici-bas, tu es dès à présent parvenu à monter et tu n’as plus besoin qu’on te montre le chemin ; le regard tendu, vois !

Plotin, Du beau, I, 6[1], chap. 9

L'essentiel

Comme un sculpteur qui taille, polit et nettoie le marbre pour révéler la beauté d’une statue, chacun doit « sculpter sa propre statue » en éliminant le superflu, en redressant ce qui est tordu et en purifiant les zones d’ombre de son âme.

Lorsqu’on atteint cet état, on devient soi-même « une vision » : on n’a plus besoin de guide extérieur car on a déjà accompli l’ascension spirituelle. Le chemin vers le divin passe par ce retour en soi et cette purification qui révèle la splendeur divine déjà présente en nous.

Des ressources pour aller plus loin

La beauté de l’Un

« On peut comparer l’Un à la lumière, l’être qui le suit [à savoir l’Intellect] au Soleil, et le troisième [l’Âme] à l’astre de la Lune qui reçoit sa lumière du Soleil »

– Plotin, Ennéades, traité 24, V, 6

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Plotin : la beauté est-elle d’abord intérieure ?

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Commentaire des Ennéades

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Les richesses intérieures de l’âme selon Plotin

Laval théologique et philosophique

Texte Intégral

Traité du Beau

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